Il y a cinq ans, la question se résumait à une molécule et un seuil. Aujourd'hui, les étiquettes affichent des sigles que personne ne connaissait, la liste des stupéfiants a été modifiée au moins trois fois sur ce sujet, et plus grand monde ne sait ce qu'il a entre les mains.
Cette page remet de l'ordre là-dedans. Elle explique ce que recouvrent ces appellations, comment ces molécules sont obtenues, et surtout où en est leur statut en France, avec les dates. Pas de plaidoyer, pas de raccourci : on décrit ce que disent les textes, y compris quand ils ne disent rien.
Précision utile avant de commencer : les molécules classées stupéfiants ne sont pas vendues sur ce site. Elles sont décrites ici parce qu'on vous en parlera ailleurs, pas parce qu'on vous les propose.
Naturel, semi-synthétique, synthétique : trois mots, trois choses
Un cannabinoïde naturel est produit par la plante de chanvre et récupéré tel quel : c'est le cas du CBD, du CBN, du CBG ou du CBC, détaillés dans notre page sur les cannabinoïdes naturels.
Un cannabinoïde semi-synthétique part d'une molécule végétale, le plus souvent du CBD, et la transforme chimiquement. Le point de départ est naturel, le produit d'arrivée ne l'est plus. C'est la catégorie à laquelle appartient la quasi-totalité des sigles dont il est question ici.
Un cannabinoïde entièrement synthétique est construit en laboratoire sans passer par la plante. La frontière entre les trois est plus poreuse qu'il n'y paraît, et le vocabulaire commercial ne la respecte pas toujours : le mot naturel apparaît sur des produits qui ont connu plusieurs étapes de transformation.
Comment on obtient ces molécules
Le principe général tient en une idée : on part d'un extrait de chanvre riche en CBD, abondant et peu coûteux, et on modifie sa structure pour obtenir une molécule différente. L'hydrogénation, qui consiste à ajouter des atomes d'hydrogène, est le procédé le plus cité ; d'autres transformations produisent des esters ou des dérivés hydroxylés.
Nous n'entrerons pas dans le détail des procédés, et ce n'est pas de la pudeur : ces opérations se mènent en laboratoire, avec des réactifs et un contrôle qui n'ont rien de domestique. Ce qui vous concerne, c'est le résultat, et le fait que la qualité d'une synthèse ne se voit pas à l'œil nu. Seule une analyse de laboratoire dit ce qu'il y a dans un produit.
Les molécules interdites en France
Deux vagues de classement, deux dates à retenir.
Depuis le 13 juin 2023 : le HHC, le HHC-O, c'est-à-dire son acétate, et le HHCP.
Depuis le 3 juin 2024 : le H2-CBD et le H4-CBD, nommément désignés. La même décision ajoute une famille entière, toute substance dérivée du noyau benzo[c]chromène, avec une énumération précise des positions sur lesquelles ce noyau peut être substitué. C'est par cette clause de famille que sont visés le THCP et le HHCPO, qui ne figurent pas un par un dans le texte. S'y ajoutent huit cannabinoïdes de synthèse qui ne dérivent d'aucun composé végétal, du 5F-CUMYL-PEGACLONE au BZO-POXIZID.
L'ANSM a motivé ce classement par des effets psychoactifs comparables à ceux du delta-9-tétrahydrocannabinol et par un potentiel d'abus et de dépendance, motif officiel de la décision. Celle-ci est entrée en vigueur dix jours après sa publication.
Une précision qui évite une confusion fréquente : le THCP, tétrahydrocannabiphorol, et le HHCP ne sont pas la même molécule. Les deux sont interdits, mais ils appartiennent à deux familles différentes et ont été classés à deux dates différentes. Les voir employés l'un pour l'autre est courant et n'en reste pas moins faux.
Le THVN10 figure également parmi les molécules interdites. Travers Shop n'en commercialise aucune de cette liste.
Les substances exclues du classement
Le 4 juin 2024, l'ANSM a actualisé sa décision du 22 mai pour en exclure des substances présentes à l'état de traces dans le chanvre industriel. Sans cette exclusion, une fleur parfaitement conforme serait devenue inclassable.
Sont donc exclus du classement : le CBNA, acide cannabinolique et précurseur du CBN, déjà exclu auparavant ; le THCVA et le THCV, sous réserve que leur teneur ne dépasse pas 0,3 % ; et le THCA, acide tétrahydrocannabinolique, dès lors que la teneur en THC respecte le seuil de 0,3 % fixé par l'arrêté du 30 décembre 2021.
Autrement dit, ces quatre-là ne sont pas des molécules de synthèse mais des composés naturels, et leur présence en faible quantité dans une fleur conforme n'a rien d'anormal. Le cadre général est détaillé dans notre page sur la légalité du CBD.
Pourquoi la liste des interdictions s'allonge
Entre 2023 et 2024, la logique du classement a changé. La première décision nommait des molécules ; la seconde a visé une famille chimique entière, en classant les cannabinoïdes construits sur un noyau benzo[c]chromène, avec une liste explicitement non exhaustive.
La différence est considérable. Classer un nom, c'est laisser la place à la molécule suivante ; classer une structure, c'est fermer une porte beaucoup plus large. Depuis, l'arrêté du 22 février 1990 comporte aussi une rédaction générique sur les tétrahydrocannabinols, leurs esters, leurs éthers et leurs sels, reprécisée par une décision du 6 février 2026.
Retenez surtout ceci : le cadre bouge, et il bouge par à-coups. Une molécule présentée comme nouvelle aujourd'hui peut être classée dans six mois, la décision prenant effet dix jours après sa publication.
Les molécules en zone grise
Certaines molécules ne sont nommées dans aucune décision de classement. Elles ne sont pas pour autant expressément autorisées : leur statut relève d'une zone grise réglementaire, susceptible d'évoluer, et dépend d'une lecture des rédactions génériques que ni l'ANSM ni une juridiction n'a publiquement arrêtée.
Le 10-OH-HHC
Dérivé hydroxylé de l'HHC, psychoactif. Il n'est nommé dans aucune décision de classement et n'apparaît pas à l'annexe IV de l'arrêté du 22 février 1990. Les produits qui en contiennent sont regroupés dans la catégorie 10-OH-HHC et sont commercialisés dans le cadre légal en vigueur.
Le 8-OH-HHC
Même famille, même logique : un dérivé hydroxylé de l'HHC, non nommé par les textes de classement. Son statut appelle exactement les mêmes réserves que le précédent.
Le THCBD
Il ne figure pas parmi les substances classées. Les informations publiques sur son origine et son profil sont en revanche quasi inexistantes, et nous préférons l'écrire plutôt que de meubler : nous n'avons pas de données vérifiables à vous donner sur cette molécule.
La gamme NXT+
Attention au contresens, il est fréquent : NXT+ n'est pas une molécule, c'est une gamme moléculée de la marque Greeneo. Elle se décline en deux concentrations, 0,5 % pour la Violette et 1 % pour la Rouge, sur plusieurs formats dont une résine. L'ensemble des produits moléculés du catalogue se consulte dans la catégorie molécules.
Le récapitulatif
Le tableau ci-dessous reprend l'essentiel. Les dates sont celles de l'entrée en vigueur du classement.
Interdites : HHC, HHC-O et HHCP depuis le 13 juin 2023. H4-CBD, H2-CBD, THCP et HHCPO depuis le 3 juin 2024, ainsi que la famille benzo[c]chromène. THVN10.
Zone grise réglementaire : 10-OH-HHC, 8-OH-HHC, THCBD. Non nommées par les décisions de classement, statut susceptible d'évoluer.
Exclues du classement : CBNA ; THCV et THCVA sous 0,3 % de teneur ; THCA dès lors que la teneur en THC respecte le seuil de 0,3 %. Ce sont des composés naturels, détaillés dans notre page sur les cannabinoïdes CBN, CBG et CBC, avec les catégories CBN et CBG.
Fleur enrichie et fleur naturelle : comment faire la différence
Une fleur naturelle doit son profil à la plante seule. Une fleur enrichie, parfois appelée moléculée, est une fleur de chanvre cultivée normalement sur laquelle une molécule a été ajoutée après récolte. L'apparence est la même, l'odeur aussi, et c'est bien là le problème.
Trois réflexes permettent de trancher. L'étiquette, d'abord : une fleur enrichie le dit, et le sigle de la molécule y figure. L'analyse ensuite, qui fait apparaître ce que la plante ne produit pas. Et le prix au gramme, qui ne se situe pas dans la même zone. Notre page sur le choix et la conservation du CBD détaille la lecture d'une analyse.
Si l'étiquette reste muette sur les trois, la question n'est plus de savoir ce que contient le produit, elle est de savoir pourquoi le vendeur ne le dit pas.
Dépistage et conduite
La question revient en permanence, et la réponse est courte : un résultat positif est possible. Les tests salivaires et sanguins utilisés en contrôle routier cherchent le THC, mais les molécules décrites ici sont chimiquement proches et certaines réactions croisées sont documentées. Personne ne peut vous garantir un résultat négatif, et nous n'allons pas essayer.
La conduite après consommation d'un produit psychoactif est une infraction indépendamment du statut de la molécule. Le cadre applicable est repris dans notre page sur la légalité du CBD.
Risques et précautions
Ces molécules sont psychoactives, ce qui les distingue radicalement du CBD. Les effets rapportés varient fortement d'une personne à l'autre et d'une molécule à l'autre, et la durée l'est tout autant : elle se compte en heures plutôt qu'en minutes, ce qui laisse peu de marge à qui en reprend trop tôt.
Nous ne donnons aucun conseil de dosage sur ces molécules, pour une raison simple : il n'existe pas de référence publiée sur laquelle s'appuyer. Les effets indésirables rapportés dans la littérature de signalement vont de l'inconfort passager à des réactions plus marquées, et ils concernent tous les produits de cette famille.
Produits réservés aux adultes, déconseillés aux femmes enceintes ou allaitantes et aux personnes sous traitement médical. Interdits aux moins de 18 ans. À conserver hors de portée des enfants et des animaux. Les effets et les sensations du CBD, qui n'ont rien à voir avec ce qui précède, sont traités dans notre page dédiée.
Questions fréquentes
Ces molécules sont-elles du CBD ?
Non, et c'est le malentendu le plus répandu. Le CBD n'est pas psychoactif ; ces molécules le sont. Elles sont parfois obtenues à partir de CBD, ce qui n'en fait pas du CBD, pas plus qu'une farine ne reste du blé. La distinction est détaillée dans notre page sur le CBD et le THC.
Combien de temps durent les effets ?
Plus longtemps qu'avec une fleur de CBD, et la fourchette varie selon la molécule, la dose et la personne. Aucune durée précise ne peut être annoncée sérieusement, et une annonce précise devrait vous rendre méfiant plutôt que rassuré.
Pourquoi certaines sont-elles interdites et pas d'autres ?
Parce que le classement se fait décision par décision, à mesure que les substances sont identifiées et évaluées. L'absence d'une molécule dans une liste décrit l'état des textes à une date donnée, rien de plus, et c'est précisément pourquoi nous parlons de zone grise.
Pour aller plus loin
La culture et la production du chanvre, de la graine au pot, sont traitées dans notre page culture et production du CBD. Les cannabinoïdes naturels ont la leur, consacrée au CBN, au CBG et au CBC.
Et si vous ne deviez retenir qu'une chose : le sigle sur l'étiquette compte plus que le mot CBD écrit à côté. Lisez-le, cherchez-le dans cette page, et demandez l'analyse.